La loi qui devait interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans vient de se heurter à un mur juridique. Le vendredi 14 août 2026, le Conseil constitutionnel a censuré l’article 1er de ce texte très attendu, jugeant la mesure disproportionnée. Une décision qui rebat les cartes d’un dossier porté depuis des mois par l’exécutif, et qui ne signifie pas pour autant la fin du projet.
Saisi fin juillet par un groupe de députés socialistes et de la gauche radicale, le Conseil constitutionnel a rendu sa décision n° 2026-911 DC le 14 août 2026. Les Sages ont estimé que l’article 1er de la loi, qui conditionnait l’accès des mineurs de moins de 15 ans aux réseaux sociaux à une vérification d’âge, portait une atteinte à la liberté d’expression et de communication jugée non adaptée, non nécessaire et non proportionnée à l’objectif poursuivi. Le Conseil ne conteste pas l’intention du législateur : il reconnaît que protéger l’intérêt supérieur de l’enfant constitue bien une exigence de valeur constitutionnelle, et que le texte visait un objectif légitime de préservation de l’ordre public.
Dans les faits, seul l’article instaurant l’interdiction pure et simple pour les moins de 15 ans tombe. Les autres dispositions du texte, notamment celles encadrant l’attention nocturne des adolescents de 15 à 18 ans, ne sont pas remises en cause par cette décision. Le raisonnement des juges porte sur l’équilibre entre deux principes constitutionnels : la protection des mineurs d’un côté, la liberté de communication de l’autre. C’est ce dosage précis, jugé trop déséquilibré au détriment de la seconde, qui a motivé la censure.
La difficulté pour le gouvernement tient à la nature même du contrôle de proportionnalité exercé par le Conseil constitutionnel. Il ne suffira pas de reformuler l’article : il faudra construire un dispositif de vérification d’âge qui atteigne l’objectif de protection sans imposer une restriction jugée excessive à la liberté de communication de l’ensemble des utilisateurs, mineurs comme majeurs. Les pistes évoquées vont d’un contrôle d’âge plus ciblé à des obligations renforcées imposées directement aux plateformes, sur le modèle de ce qui se discute par ailleurs au niveau européen. Ce type d’arbitrage juridique complexe touche aussi les entreprises du numérique, qui devront suivre de près les futures obligations de communication et de modération liées à ce dossier.
Tant qu’un nouveau texte n’est pas adopté, aucune interdiction d’accès aux réseaux sociaux ne s’applique légalement aux mineurs de moins de 15 ans sur la seule base de cette loi. Les parents restent donc, comme avant la censure, les premiers responsables de l’encadrement de l’usage des écrans à la maison. C’est l’occasion de rappeler quelques astuces simples déjà recommandées par les associations familiales : activer les contrôles parentaux natifs des smartphones, fixer des horaires sans écran en soirée, et privilégier un dialogue régulier sur ce que les enfants voient en ligne plutôt qu’une interdiction brutale et facilement contournable.
Au-delà de la question des réseaux sociaux, cette décision illustre la vigilance du Conseil constitutionnel sur les textes touchant aux libertés fondamentales à l’ère numérique. Elle s’inscrit dans une actualité juridique déjà dense cet été autour de la régulation d’internet en France, entre protection des mineurs, lutte contre la désinformation et encadrement de l’intelligence artificielle.
Non, seul l’article 1er instaurant l’interdiction aux moins de 15 ans est censuré. Les autres dispositions du texte, comme l’encadrement de l’attention nocturne des 15-18 ans, restent en vigueur.
Il a jugé que la mesure portait une atteinte à la liberté d’expression et de communication non proportionnée à l’objectif de protection des mineurs poursuivi par le législateur.
Oui, le gouvernement a annoncé vouloir retravailler une version du texte jugée plus solide juridiquement, avec l’objectif d’aboutir d’ici le printemps 2027.
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